Jeune fille contemplant l'immensité de l'espace

Annie l’orpheline

Annie l’orpheline… Un sombre surnom qui m’a suivi jusqu’à mes 15 ans… Les enfants cruels de la cour de récré ne m’accordaient aucun répit. Mais après tout, comment leur en vouloir ? Ce n’était que la pénible vérité.

Lorsque je découvris les corps, sans vie, de mes parents, je n’avais que 4 ans. Cette vision cauchemardesque hante encore mes nuits. Bien qu’aujourd’hui, leurs visages s’effacent peu à peu. J’oublie, chaque jour un peu plus, le sourire chaleureux de ma mère, le regard enfantin de mon père… Et pourtant la douleur, elle, est toujours aussi vive.

Alors, il y a de cela plusieurs années, j’ai fui… Dans l’espoir insensé d’échapper à ces fantômes. J’ai quitté ce village qui m’avait vu grandir, cet orphelinat sordide qui m’avait recueillie… J’ai troqué une vie terne contre un voyage sans fin à travers les étoiles. Les regards de pitié malsaine, les messes basses, les moqueries… Rien de tout cela ne me manque. Et pourtant, une douce nostalgie m’envahit, chaque matin, lorsque cette parfaite illusion m’ouvre une fenêtre sur la Terre.

Aujourd’hui, ma solitude ne m’a jamais paru aussi pernicieuse. Un silence assourdissant bourdonne à mes oreilles. Seule, sur mon lit encore humide de mes cauchemars, j’observe cette planète que j’ai, jadis, abandonné. Je me revois, gamine, insouciante, jouant dans les feuilles mortes du grand chêne au fond de notre jardin… Bien avant ce jour sombre.

Texte de L.S.Martins

Image par Ajay kumar Singh de Pixabay 

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