Epave au clair de lune

La légende du Capitaine Corniak

La disparition du Capitaine Corniak et de son navire ? Une sombre affaire… Une triste légende pour d’autres ! Seul témoin de cette funeste nuit : cette vieille embarcation, recrachée par les flots déchaînés sur le sable de Port Royal. Unique rescapé d’une tempête sans pareille qui engloutit tout l’équipage. Enfin, c’est ce que l’on raconte pour ne pas trop effrayer les enfants…

Voici l’épouvantable vérité : une nuit de juin 1654, alors que le Capitaine s’était retiré dans ses appartements, Durian, le second, convoqua une partie des matelots dans les cales. La sombre raison ? Une mutinerie ! Durian était un homme ambitieux et extrêmement éloquent. Il n’eut aucun mal à convaincre les marins… Et pour cause ! Le Capitaine Corniak avait la réputation d’être un homme sévère et sans pitié.

Durian se précipita dans la cabine du Capitaine en le sommant de venir sur le pont. Confiant, Corniak le suivit… Erreur tragique ! Un des moussaillons, dissimulé dans la pénombre de la nuit, le gratifia d’un puissant coup sur la tête. Du sang chaud brouilla le regard de Corniak, qui s’effondra sur le plancher, sans un mot…

Ils étaient enfin libérés du Cap’taine sanguinaire ! Mais étrangement, ils ne purent se résigner à jeter son corps inerte aux requins. Non… Au lieu de cela, ils l’installèrent inconfortablement dans la barcasse et l’abandonnèrent en pleine mer, persuadés qu’il ne reviendrait jamais à lui. Et il aurait mieux valu pour eux qu’il en soit ainsi…

Corniak ouvrit les yeux quelques heures plus tard, maudissant son équipage, bien que quelque peu admiratif de leur courage, pour cet acte impardonnable. Et par cette délicieuse nuit claire, il invoqua les Dieux, leur offrant sa servitude éternelle contre sa vengeance, condamnant ainsi tous ses hommes à la damnation divine. Pour unique réponse, les cieux étincelants se noircirent et devinrent des plus menaçants. L’océan, si calme, se réveilla et se mit à bouillonner. D’immenses vagues meurtrières se creusèrent, engloutissant Corniak. Il aperçut alors son majestueux navire au loin, voguant vers les profondeurs tel un sous-marin fantomatique. Son équipage, blême, l’accueillit sans un mot… Acceptant leur sort.

Aujourd’hui, il hante les mers, collectant les âmes pour les Dieux perfides. Quant à sa vieille barque sur le sable fin, elle offre refuge aux veuves éplorées des marins disparus qui s’y rendent pour implorer vainement le pardon du Capitaine Corniak.

Texte de L.S.Martins

Image par Myriams-Fotos de Pixabay 

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