Une nuit en forêt

Ce soir là…

J’aimais entendre mon petit frère rire aux éclats en dansant sur les notes de mon violon. Mais ce soir-là, nous nous disputions férocement. Pour quelle raison ? Je ne me souviens plus… Certainement une chose futile, mais qui pour les enfants que nous étions, était primordiale.

À la mort de notre père, nous avions emménagé, Richy, ma mère et moi, dans le manoir familial avec nos grands-parents paternels. Une demeure gigantesque et mystérieuse, contant précisément cent-deux pièces… Nous en avions compté les portes, toutes fermées à double tour ! « Il y a trop d’objets précieux et fragiles ici. » , répétait sans cesse grand-mère, « et puis vos appartements sont bien assez grands ! ». Aussi, le dédale de couloirs entre nos chambres et la cuisine était devenu notre terrain de jeu. Accroupis devant le trou d’une serrure, nous espérions apercevoir les trésors inestimables, dissimulés derrière ces murs. Nous imaginions, élaborions de folles théories sur l’histoire de cette maison et de ses habitants, alimentées par les contes et légendes que maman nous racontait pour nous endormir.

Mais ce soir-là, l’ambiance n’était pas aux jeux… Richy, fou de rage, m’avait arraché l’archet des mains pour se précipiter dehors en pyjama. Sans réfléchir, je l’avais suivi jusqu’à l’orée des « bois interdits », c’était ainsi que grand-père les nommait. À notre arrivée, il nous avait fait promettre de ne jamais y mettre les pieds. Quoiqu’il arrive… Quoiqu’on entende !

Mais ce soir-là, nous avions failli à notre promesse… Et notre découverte nous glaça le sang. Au cœur de cette forêt sombre et angoissante, une lumière vacillante et des murmures étranges nous attirèrent vers une minuscule chapelle construite devant un immense mausolée. Main dans la main, comme hypnotisés, nous nous sommes alors approchés. Mon cœur battait la chamade, mes paumes étaient moites… Mais malgré la peur, nous avons poussé la porte du caveau. Un cri effroyable sortit de ma gorge et puis ce fut le noir le plus total.

Aujourd’hui encore nous évitons de parler de cette nuit-là… De ce spectacle abominable dont nous avons été témoins. Un jour, peut-être, les mots me viendront… Un jour, peut-être, j’en aurai la force. Mais pour l’heure, je préfère oublier.

Texte de L.S.Martins

Image par Angeline 01 de Pixabay 

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