monstre dans la forêt

Un conseil : courez ! – Réécriture

– Ne soyez pas timides, voyons… Entrez jeunes gens, je vous prie… Bonjour et bienvenue dans mon humble demeure. Elle peut paraître un peu… euh… effrayante, mais après tout, c’est pour cela que vous êtes ici, non ?

Un homme vêtu d’un costume noir parfaitement démodé accueillit les touristes curieux et impatients de vivre une aventure singulière. La fille semblait quelque peu réticente, mais son petit copain l’embrassa sur le front en la prenant dans ses bras et l’incita à passer la porte de la vieille bâtisse.

– Parfait. Avant de vous installer, je vais vous faire faire le tour du propriétaire. Laissez vos valises dans l’entrée. Henry va les monter dans vos chambres. Suivez-moi…

Un géant ressemblant étrangement au majordome de la famille Adams apparut et s’approcha des bagages d’un pas traînant.

Le propriétaire continua son speech s’en prêter attention à cette apparition inattendue et s’enfonça dans le couloir sombre, une bougie à la main.

– Construite en 1567 par M. Black pour son épouse. Un somptueux cadeau, n’est-ce pas ? Le plancher grince un peu et les papiers peints sont un peu défraîchis, mais elle a du charme, vous ne trouvez pas ?

De toute évidence, il n’espérait aucune réponse de la part du couple. Il disparut derrière une immense porte en bois massif, suivi par les quatre enfants de moins en moins rassurés.

– Voici la fameuse salle à manger, lieu de nombreuses réceptions. Vos repas seront servis ici à heures fixes. Ne soyez jamais en retard si vous ne voulez pas mettre Miss Flor en colère. C’est la meilleure cuisinière de la région, mais elle est un peu soupe au lait, si vous voyez ce que je veux dire… Admirez ces moulures, de véritables bijoux. Les tapisseries sont d’époque, ainsi que les rideaux. D’authentiques trésors affreusement difficiles à détacher… surtout le sang. Vous n’imaginez pas le nombre de fois où il m’a fallu frotter durant des heures après un regrettable incident. Parce que jamais, au grand jamais ces rideaux ne doivent être ouverts. Nous tenons à préserver notre intimité…

Il se tourna vers les jeunes, un sourire hideux dessiné sur son visage décharné. Sourire qui s’effaça aussitôt, lorsqu’il reprit la visite.

– Où en étais-je ? Ah oui, la bibliothèque. Un lieu paisible, surtout le soir. Si vous le souhaitez, vous pouvez allumer un feu et vous installer ici avec un bon livre. Mais j’insiste sur un point, les rideaux doivent impérativement rester fermés. Est-ce bien compris ? Vous ne voulez pas attirer tous les indésirables des alentours, n’est-ce pas ?

Sans accorder le temps aux deux visiteurs de réagir, il sortit pour se diriger vers un escalier en pierres dont les marches étaient si lisses qu’il était possible d’apercevoir son reflet dedans.

– Voici l’escalier qui mène à l’étage. Faites attention, les foulées sont un peu glissantes et la rampe fatiguée… Et nous sommes arrivés. Votre chambre. Celle de feu Mr et Mme Black. Somptueuse, n’est-ce pas ? Bon. Je vous laisse. N’oubliez pas, dîner à 19 h. Avez-vous des questions ?

Le jeune homme osa alors prendre la parole, d’une voix un peu fébrile :

– Oui, une. Pourquoi nomme-t-on cette splendide demeure la Maison Ensanglantée ?

Le propriétaire se racla la gorge avant de répondre simplement :

– Parce qu’elle a connu plus de morts que le cimetière du comté. En 1567, les ouvriers sont tous morts sur le chantier, des suites d’une vilaine intoxication alimentaire me semble-t-il. Et depuis, les décès se succèdent. Mme Black a fait une mauvaise chute dans les escaliers, par un soir d’orage. M. Black aurait trouvé la mort dans la cuisine, un accident stupide avec un couteau. Puis il y a eu le père Oscar. Il a été retrouvé sur le sol de la bibliothèque, baignant dans son sang. Une vilaine entaille sur la gorge… Après, il me semble que c’est la famille Frogard, dont tous les membres ont tous succombé un à un. Ou peut-être les Raino. Je me perds dans la chronologie des événements… Peu importe, vous avez compris. Ne faites pas attention à ce que peuvent dire les locaux sur cette maison. Tout le monde finit par mourir un jour. Pas seulement ceux qui ont résidé ici. Aucun des morts ne vient déambuler dans le jardin et gratter aux fenêtres cherchant désespérément à entrer. Ce n’est que pure invention. J’ai emménagé ici en 1790 et suis toujours bel et bien en vie !

Texte de L.S.Martins (35 minutes chrono, sans relecture). 
Image par Mystic Art Design de Pixabay : Fantômes Spenter Effrayant – Photo gratuite sur Pixabay

D’après le texte de L.S.Martins du 27 octobre 2020 (25 minutes chrono, sans relecture).

Ma tête me faisait terriblement souffrir. Allongé sur un sol humide, les pieds entravés, la gorge sèche, une terrible odeur putride me brûlant les poumons, j’essayais vainement de réfléchir. Où étais-je ? Quelques vagues souvenirs resurgirent peu à peu. Je rentrais, une fois de plus, tard du travail. Un client étranger m’avait retenu toute la soirée. Il faisait déjà nuit et je roulais à toute allure. Quand soudain, une silhouette fantomatique apparut au beau milieu de la route. J’ai donné un coup de volant pour l’éviter et fini ma course endiablée dans un arbre. Classique… Après, c’est encore confus… La portière s’est ouverte et il me semble avoir aperçu un monstre effroyable. Probablement un de ces déguisements grotesques. Il m’a porté à travers la forêt sinistre, mais pour aller où ?

Une ampoule poussiéreuse au plafond illumina brusquement la cave sordide, et j’entendis des pas lourds dans les escaliers derrière moi, et des grognements étranges.

– Que me voulez-vous ? Qui êtes-vous ?

Aucune réponse. Je sentis tout à coup un souffle chaud dans ma nuque, et cette odeur fétide… J’en eus un haut-le-cœur. Il me saisit par le col de la veste et me traîna jusqu’à un lit miteux. Le matelas était poisseux de sang et de bien d’autres liquides organiques que je ne préfère pas énumérer. De toute évidence, je n’étais pas le premier à me retrouver ici…

Plusieurs jours s’écoulèrent. Toujours le même rituel. La lumière jaunâtre. Les pas dans les escaliers. Le souffle nauséabond dans ma nuque. Quelques gorgées d’eau croupie et un morceau de pain. Puis de nouveau ce silence assourdissant et cette solitude angoissante. Mais aujourd’hui, je ne sais pourquoi, il me détacha les pieds. Peut-être jugeait-il que j’étais trop épuisé pour essayer de fuir. Grave erreur ! J’attendis patiemment qu’il reparte pour me lever et explorer ma geôle. C’est alors que je découvris avec une joie immense, cette fenêtre étroite sans barreaux qui donnait sur la forêt. C’était enfin ma chance…

Aujourd’hui, je sais qu’il m’a laissé partir. Il m’attendait dehors, tapi dans l’obscurité de la nuit. J’ai couru le plus vite possible, mais il n’était pas loin. Je pouvais l’entendre rire…

Vous aussi ? C’est normal. Il ne vient pas pour moi cette fois-ci, mais pour vous !

Un conseil : courez. Courez sans jamais vous arrêter parce que s’il vous attrape, il en sera fini de vous !

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