Diplomates

Conversation surprise par une servante

Tiens comment se fait-il qu’il y ait de la lumière dans cette pièce ? marmonna la servante.

Elle venait de finir le ménage de la grande salle et s’apprêtait à passer en cuisine pour préparer le petit-déjeuner du lendemain. La maîtresse des lieux était tellement exigeante qu’il fallait des heures de préparation pour que tout lui convienne.

La jeune femme poussa la porte, et vit le maître assis à son bureau. Elle crut d’abord que, comme à son habitude, il n’avait pas quitté ses livres et s’apprêtait à lui proposer une collation lorsqu’elle entendit une voix mordante et étrange.

Je dois avouer que j’ai été très surpris par cette mystérieuse invitation. Que me veut le grand Alioleas, chef des Diplomates et grand détenteur du savoir ? siffla un homme caché dans la pénombre du bureau.

Nous avons des affaires communes… lui répondit le maître.

Communes dites- vous ? vraiment ? c’est étrange je croyais que vous ne juriez que par votre savoir… dit l’inconnu. Votre sagesse a-t-elle des limites ?

Le ton amusé et l’attitude de l’homme semblait énerver Alioleas. Il se leva brusquement, et se dirigea vers la bibliothèque. De là où se trouvait la servante, elle ne pouvait voir les deux hommes mais entendait encore la conversation. Curieuse, elle ne put s’empêcher de rester…

Des limites ? certainement pas ! cracha le Diplomate. Nous rencontrons quelques soucis avec le quartier Nord de la cité.

Vraiment ? de quel genre ?

Depuis plusieurs jours, un groupe d’insurgés s’est formé avec à leur tête un certain Conrad. Mais peu importe ! Je dois reprendre le contrôle de ce quartier sinon nous allons avoir une véritable rébellion sur les bras.

Nous ? Je ne me sens nullement concerné par vos problèmes…

Vous le serez lorsque vos contrats seront affichés en place publique.

Je n’ai rien à cacher contrairement à vous. Tout le monde ici sait qui je suis et ce que je fais. Je suis crain et admirer pour cela, ajouta l’homme en riant. Je suis surpris que vous, Alioleas, fassiez appel à une, je cite, « vermine illettrée sans scrupule ni remords ». Je croyais que seule la science et les discours étaient dignes de vous, et bien évidemment que le savoir était la solution à tout conflit. Où sont passés tous vos beaux principes ? Est-ce l’un de vos Médiums qui vous a enfin ouvert les yeux ?

Un silence glacial s’installa et sembla durer une éternité à la servante toujours immobile derrière la porte.

Un simple accident… C’est dans vos cordes non ? Après tout un Assassin n’a jamais refusé un contrat il me semble, surtout s’il est facile et bien payé.

Un bruit de pièce se fit entendre. La servante supposa alors que son maître venait de donner une bourse remplie d’or à l’assassin.

C’est à moi de juger si cela est facile et bien payé, mais je dois avouer que vous êtes généreux…

Lorsque la servante comprit que leur accord était conclu, elle eut un hoquet de peur qui trahit sa présence. Sans attendre, elle partit en courant, entendant les derniers échanges des deux hommes qui sortaient du bureau :

Il semblerait que nous ne soyons pas seuls. Est-ce un problème ? demanda l’Assassin, l’air enjoué.

Oui, et vous devrez le régler. Il ne faut pas que cette collaboration soit révélée. Pour vous comme pour moi, dit Alioleas d’un ton agressif.

Serait-ce une menace ?

Non, plutôt un conseil…

Une lame glacée traversa soudain le cœur de la jeune femme qui s’écroula sur le tapis du couloir. Une larme coula sur sa joue et son dernier soupir fut pour l’homme qu’elle aimait… Conrad.

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