Une pure merveille

Enfin mienne

Enfin, elle est mienne… Après tant d’années… Je peux la tenir dans la paume de ma main, ressentir toute sa puissance divine, laisser librement mon regard contempler à l’infini cette pure beauté. Elle m’apaise, me réconforte, me consume… Toutes mes peurs les plus sombres, ma culpabilité écrasante et mes vagues remords s’envolent brusquement. Je me sens libre et heureux.

La première fois que je l’ai aperçue, elle était enfermée dans un minuscule écrin perdu dans un désordre de copies d’étudiants et d’objets antiques… Une fraction de seconde qui hanta mes nuits. Elle peuplait chacun de mes rêves, me suppliant de la libérer de sa prison de velours et de métal… Me murmurant tendrement des mots envoûtants… M’invitant sans cesse à la posséder à mon tour. Quelle tendre promesse ! Quelques jours plus tard, n’y tenant plus, je me suis rendu dans le bureau de son tortionnaire : l’un de mes professeurs d’histoire à la faculté. Mais il était trop tard… Il avait disparu, laissant derrière lui pagaille et confusion. Et ma pierre avec lui…

Je me découvris alors des talents d’enquêteur. En véritable détective, je cherchais tout indice pouvant me permettre de saisir le pourquoi de cet enlèvement. Un témoin… Une empreinte… Pour quelle raison était-il parti aussi précipitamment ? Avait-il compris que je viendrais la délivrer ? Mais mon ennemi était homme habile ! Il avait pris soin de ne laisser aucune trace. Aucune, mise à part cette empreinte vive dans ma mémoire… Cette lumière éblouissante.

Un jour, alors que je menais une enquête sur un meurtre des plus sordides, un sinistre individu tambourina à ma porte. Les traits tirés, le teint pâle, le regard vide. Dans ses yeux, une étincelle bleue dansait mollement, essoufflée. Mon professeur disparu ! Il passa devant moi sans attendre que je l’invite à entrer, déposa sur l’un de mes dossiers cette petite boite métallique si familière et s’en alla. Il ne prononça aucun mot… Rien. Seulement un soupir de soulagement.

Comme un enfant le matin de Noël, un immense sourire illuminant mon visage amer, le cœur battant la chamade, les mains tremblantes… J’ouvris prestement mon présent, impatient. Elle avait été mon obsession durant tant d’années. Tel un rêve… Une illusion. Et aujourd’hui… Quelle exquise beauté ! Elle était enfin libre… Elle était enfin mienne !

Texte de L.S.Martins

Image par John Forster de Pixabay 

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