Meurtres au paradis

Episode 3 : Meurtre au paradis

La voix caverneuse du capitaine résonnait dans tout le commissariat. Une sale nouvelle allait nous tomber sur le coin de la gueule. C’était une certitude. J’avais le nez pour ça. À peine rentrer de notre inspection quotidienne que les emmerdes commençaient déjà !

– Moridan ! Léila ! Dans mon bureau. Tout de suite !

Léila me regarda d’un air suspect comme si j’étais la raison de la colère du chef.

– Qu’est-ce t’as foutu encore, le bleu ? me cria-t-elle en coupant le moteur de notre blindé.

Elle descendit d’un bon, immanquablement suivie par ses deux monstres. Je l’imitai, mais gardais mes distances, perdu dans mes pensées à la rechercher d’une connerie que j’aurais pu commettre. Mais rien ne me vint en tête.

Par contre, ma merveilleuse partenaire, avec son comportement irréprochable, pouvait bien être en cause. Hier encore, elle avait failli abattre un innocent. Un pauvre gamin qui avait survécu, je ne sais pas par quel miracle, au milieu de tous ces infectés. Il était dans un état épouvantable, mais bien vivant ! Un peu amoché depuis son tête-à-tête avec Léila, mais heureusement, il s’en sortirait.

Je pressai le pas voyant Léila disparaître dans le placard qui servait de bureau au capitaine et m’y faufilai à mon tour.

Un cigare dans la bouche, il nous attendait enfoncé dans son imposant fauteuil de cuir, un rapport d’autopsie dans les mains. Des photos de corps sanguinolents étalées sur une pile de rapports en cours.

– B’jour capitaine ! Que nous vaut l’honneur de cette adorable convocation ? Vous avez enfin décidé de me débarrasser du bleu ? lança Léila en se vautrant dans l’unique chaise disponible.

Quant à moi, j’étais resté debout, dos à la porte, attendant le verdict. Le capitaine ne leva même pas les yeux vers nous. Il tira sur son Habano, avant de souffler la fumée ardente et odorante sur les documents posés devant lui.

– Un meurtre au paradis, les enfants ! Et vous avez été désignés personnellement pour cette enquête, finit-il par nous avouer.

– Comment ? C’est une blague, chef ? Je ne retournerai pas là-haut ! pouffa Léila. Ce ramassis de connards me débecte !

– On ne vous demande pas votre avis. Le gouverneur ne veut personne d’autre. Vous vous souvenez sans doute de lui… Vous lui avez sauvé les miches à votre dernière rencontre, ajouta le capitaine avec un sourire pervers.

– Quelle connerie ! Fait chier ! Et lui, pourquoi il m’accompagne ? Habituellement, ils ne veulent qu’un seul enquêteur pour leur jeu de pouvoir !

La question de Léila était pertinente. Mais je connaissais déjà la réponse. J’avais identifié les lieux sur les photos, et surtout l’une des victimes… Le fiancé de ma chère sœur. Un véritable pourri. Et encore, le mot était faible !

– Vous lui dites, Moridan ?

– Quoi ? Tu me caches quoi, le bleu ? me cracha Léila.

Devant mon silence, le capitaine lui confia le secret dont j’avais le plus honte : mes origines.

– Monsieur Moridan, ici présent, faisait partie du peuple de la bague terrestre. Et l’homme sur cette photo n’est autre que le mari de sa petite sœur !

– Quoi ? T’es un de ces connards de là-haut ? C’est une blague, capitaine ? Vous le saviez depuis le début ? Je me promène dans les rues avec dans mon blindé un enfoiré de première !

– Calmez-vous, Léila. Moridan est une recrue comme une autre. Il a fait ses classes sur Terre et nous n’avons rien à lui reprocher pour le moment. Mais, comme l’affaire touche de très près sa famille, le gouverneur vous veut tous les deux sur le coup. Vous décollez dans 10 minutes et c’est non négociable !

Léila sortit telle une furie et, sans m’attendre, sauta dans l’hélicoptère. Je courus avant qu’il ne décolle et me hissa à l’arrière. Je vins m’asseoir à côté d’elle. Elle ne m’adressa aucun regard, aucune parole. Notre relation était déjà tendue, mais là… Et merde ! Je ne vois pas pourquoi j’aurais dû lui parler de ma famille.

Le voyage se fit dans le silence le plus total. Lorsque nous arrivions enfin sur la bague, sa splendeur me subjugua. Ses eaux calmes. Ses étendues vertes et cet air pur. À l’image de notre planète, avant qu’elle ne soit envahie et détruite. Mon cœur se serra. C’était bien l’unique chose qui me manquait depuis mon départ. Cette sérénité et beauté. Artificielles, certes ! Mais si précieuses.

J’aperçus alors mon père au loin, en compagnie du gouverneur. Super…, ce n’était que le début du cauchemar !

Texte de L.S.Martins (30 minutes chrono, sans relecture). 
Image par  ImaArtist de Pixabay : Bague Monde Lune Planète – Photo gratuite sur Pixabay

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