Le globe d'acier

Episode 5 : Le globe d’acier

– Eh oh ! le bleu ! Putain, tu m’entends ?!

Bien sûr que je l’entendais. Impossible de ne pas l’entendre, elle criait depuis déjà plusieurs minutes dans la radio ! Mais j’avais aucune envie de lui répondre. Depuis notre petit tour sur la bague terrestre, elle était détestable ! Elle ne m’adressait plus la parole et tirai la gueule toute la journée. Bon ok, je ne suis pas certain que ça change grand-chose…, mais cette semaine, elle s’était barré trois fois de suite sur le terrain sans moi. Et sans ses deux monstres, qu’elle avait laissés dans notre bureau. Ils ne me lâchaient pas du regard, les crocs visibles et de la bave plein la gueule. Le pire, c’était qu’ils me grognaient dessus chaque fois que j’essayais de couper mon émetteur !

– Moridan, putain ! Tu vas répondre ! hurla Leila

– Quoi ? Madame est enfin décidée à me parler ? lui répondis-je.

– Arrête de jouer au con. J’ai un de ces globes d’acier aux trousses. Il se dirige droit sur la ville.

– Quoi ? Mais qu’est-ce que t’as foutu ?

– Je t’expliquerai plus tard… Monte sur le toit et canarde-le ! Direction Nord-Est. Tu peux pas le rater.

– Ok ! J’y vais.

Il n’y avait pas une seconde à perdre. C’était une vrai cata !

Je sortis comme une furie du bureau, attrapai un des snipers posés dans l’étagère dans le couloir et après avoir vérifié qu’il était bien chargé grimpai les marches deux à deux. Pas le temps d’en informer les autres ni d’attacher les deux molosses qui me suivaient dans mon ascension.

Le souffle court, je défonçais d’un coup d’épaule la porte en tôle donnant accès au toit avant de me jeter sur le sol prêt à descendre ma cible.

Le globe se trouvait à quelques kilomètres de la ville. Aussi balèze que dans mes souvenirs ! Il était dans un sale état. Une large ouverture laissait apparaître son mécanisme, mais il roulait toujours aussi vite. Rien ne semblait pouvoir le stopper…, comme il y a 20 ans quand des milliers de ces engins sont arrivés de je n’sais où. Une menace qu’on n’avait pas vu venir ! Ils nous avaient mis une belle raclée : en quelques mois, ils avaient rasé des populations entières avant d’exploser en laissant des cratères immenses et radioactifs derrière eux. On était tous persuadés qu’il n’en restait aucun.

Bon sang ! Elle était allée où, encore ? Il ne lui a pas fallu longtemps cette fois-ci pour s’attirer des emmerdes. Et bien sûr, elle ne pouvait pas s’empêcher de m’y entraîner avec elle !

– C’est bon, je te vois, soufflais-je.

– Tire, alors ! T’attends quoi ? Un carton d’invitation ?

– Si je tire et que tu es trop près, tu vas finir en cendres !

– Eh bien, on sera enfin débarrassé l’un de l’autre ! De quoi tu te plains ? me cria Léila.

– Arrête tes conneries et mets les gaz ! Il faut que tu prennes de la distance avec ce monstre d’acier !

Aucune réponse. Elle venait de couper son oreillette. Putain, quelle tête de mule ! Sa moto prenait de la vitesse, mais pas suffisamment. Elle risquait d’être soufflée par la déflagration, mais je n’avais pas le choix, je devais tirer. Il fallait que je le fasse avant que cette machine de malheur n’atteigne la ville.

Je jetais un dernier regard à ma foutue coéquipière, bloquai ma respiration pour viser le cœur de ce géant de fer.

Cible atteinte !

Même à plusieurs kilomètres, j’avais senti l’explosion. Le sol s’était mis à trembler et plusieurs immeubles miteux s’étaient écroulés tout autour du commissariat. Le ciel était soudainement devenu sombre et l’air était lourd et suffocant.

– Joli tir, le bleu… toussa Léila.

Elle était encore en vie. À travers cet épais nuage noir, j’aperçus le phare de sa moto dans mon viseur. Elle rentrait en ville, comme si de rien n’était, slalomant entre les débris de métal qui tombaient en une pluie meurtrière !

Texte de L.S.Martins (30 minutes chrono, sans relecture). 
Image par Stefan Keller de Pixabay : Fantaisie La Science-Fiction Moto – Photo gratuite sur Pixabay

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