Champs de blé

Extrait du  » Réveil de Gallja », Tome 2

Désorientée et ivre de pouvoir, je marchais, seule, au cœur d’un site aux allures de parc historique. D’immenses champs de blé parsemés de coquelicots, pareils à une mer dorée inondée de soleil et bercée par le vent chaud d’une fin d’après-midi, entouraient un vieux village. Un carillon au loin jouait une délicate musique. Quel doux spectacle.

Guidée par ce son féerique, je m’approchais lentement de ce paisible hameau, composé de petites maisons de paille. Un cours d’eau tranquille alimentait un grand moulin en pierre sur la place centrale. D’étranges animaux s’y abreuvaient : des chevaux noirs, immenses et squelettiques. De leurs naseaux sortait une légère fumée blanche et leurs yeux étaient noirs et tristes.

J’aperçus alors quelques habitants, vêtus de peau de bête. Quelles curieuses créatures ! Un physique très proche de l’Homme, mais leur peau était semblable à celle d’un serpent. Et leurs yeux… Surprenants… Presque hypnotisants ! Le vert intense de leur iris était cerclé de doré avec au centre une fine pupille verticale. Je voulus leur demander de l’aide, mais aucun d’eux ne semblait me voir.

Aucune réponse… Aucun regard… Je m’apprêtais à toucher celui qui me tournait le dos, lorsque l’un me traversa. Quelle sensation horrible ! Comme si toute mon énergie me quittait une fraction de seconde. J’étais invisible… Immatérielle. Pourquoi ? Étais-je morte ? Réduite à l’état de simple fantôme ?

Tinúviel… Tinúviel…

Quoi ? Cette voix… Si familière… Et pourtant… Je me retournai sans avoir le temps d’apercevoir l’origine de cet appel. Je fus brusquement aspirée par une tornade étrange qui semblait tout détruire sur son passage. Au centre, le temps était comme accéléré. Les saisons défilèrent et le village disparu, érodé par des siècles de pluies, de maladies et de guerres.

Brusquement, tout s’arrêta. La tempête se calma me laissant seule en plein ciel au-dessus d’une immense forêt en flammes, des nuages sombres et menaçants tout autour de moi. Mais,étrangement, aucune goutte ne semblait vouloir tomber pour éteindre ce brasier. À travers la fumée épaisse, je pouvais apercevoir des créatures paniquées, courir dans tous les sens et tentant vainement de s’échapper à leur funeste sort. Les crépitements du feu ne couvraient pas leurs cris de désespoir, ni les râles de douleurs des arbres centenaires qui peuplaient les lieux. Je ne pus retenir mes larmes. Je voulus les sauver ou abréger leurs souffrances… Mais il ne se passa rien. Aucun de mes pouvoirs ne voulut répondre. J’étais condamnée à être le témoin fantomatique de cet horrible spectacle.

Texte de L.S.Martins

Image par Ralf Kunze de Pixabay 

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