Faille

La faille – Réécriture

– Maman. C’est qui cette dame, là-bas ?

– Une gardienne, Max. Elle veille à ce que rien ne franchisse cette faille.

Le jeune garçon, incrédule, observait tout autour de lui. Que pouvait-elle chercher à protéger ? La nature n’avait pas survécu à cette guerre meurtrière, il y a de cela plusieurs années déjà. Le paysage en portait encore les stigmates. Il ne restait plus rien de cette fabuleuse plage sur laquelle sa sœur et lui passaient des heures à jouer. Châteaux de sable, pirouettes dans l’eau et rigolades. Le temps de l’innocence…

Perdu dans ses souvenirs heureux, Max ne put contenir ses larmes. Ces instants de pur bonheur lui semblaient si lointains. Presque irréels. Comme si, face à la désolation sur ces terres, ils ne pouvaient avoir existé.

La faille. Source de malheur et de destruction… Max se souvenait parfaitement du jour où elle avait crevé l’horizon. Dans un bruit tonitruant, le ciel s’était assombri et une chaleur étouffante avait envahi l’air. La mer, si calme quelques minutes auparavant, s’agitait…, tourbillonnait. Des vagues gigantesques se formèrent et l’eau fut soudainement aspirée laissant derrière elle un paysage désolé. Au milieu de ce décor douloureux, il ne restait que cette cible étrange. Ces lignes d’un bleu scintillant. Irréelles et hypnotisantes.

Léa n’avait pu résister à une telle beauté. Elle s’était approchée timidement, avait tendu la main pour la caresser avant de disparaître, comme aspirée. Max avait hurlé de toutes ses forces pour qu’elle lui revienne. Il s’était précipité pour la rattraper… En vain. Son père l’avait stoppé dans sa course et serré dans ses bras. Il lui avait soufflé d’être courageux et de rentrer se mettre à l’abri. Max avait abdiqué – trop facilement en son sens  ̶  , mais qu’aurait-il pu faire ? Il était si jeune. Si fragile.

Après un dernier coup d’œil vers son père, il se mit à courir. Aussi vite que son corps frêle le lui permettait. Et malgré son souffle court et ses jambes endolories, il ne s’était pas arrêté. Pas avant d’avoir retrouvé sa mère. Les joues inondées de larmes, à bout de souffle, il s’était jeté à son cou.

– Léa… Papa…, avait-il bredouillé.

Les seuls mots qu’il avait été capable de prononcer. Mais cela avait suffi à la jeune femme pour comprendre qu’un immense malheur venait de s’abattre sur leur famille.

Ce jour-là, son père l’avait sauvé d’une vision cauchemardesque et sans aucun doute d’une mort horrible. Des monstres immondes avaient envahi leur terre. Un sourire carnassier et des yeux emplis de cruauté. Des griffes acérées et une soif de violence insatiable. Ils avaient tout détruit sur leur passage. Il ne restait plus rien à sauver lorsqu’enfin les gardiennes en étaient venues à bout. Seulement des ruines et des corps sans vie.

Depuis lors, il avait été convenu que ce lieu maudit ne serait, plus jamais, laissé sans surveillance. Quant à Max, jamais il ne perdit espoir de revoir sa petite sœur et son père, même si pour cela, il devait à son tour se laisser aspirer…

Texte de L.S.Martins (30 minutes chrono, sans relecture).

Image par Stefan Keller de Pixabay : Fantaisie Planète Archer – Photo gratuite sur Pixabay

D’après le texte de L.S.Martins du 21 novembre 2020 (20 minutes chrono, sans relecture).

– Maman, qui est cette dame là-bas ?

– Une gardienne. Elle veille à ce que plus rien ne franchisse cette faille.

Le jeune garçon, incrédule, observait tout autour de lui. Il n’y avait plus rien à protéger aujourd’hui… Le paysage portait encore les stigmates d’une guerre meurtrière. Tout n’était plus que pauvreté et désolation. Autrefois, il venait souvent avec sa sœur, Léa, sur cette fabuleuse plage. Ils pouvaient y jouer pendant des heures… Châteaux de sable, pirouettes dans l’eau… Une larme coula le long de sa joue. Ces instants de pur bonheur lui semblaient si lointains.

Il se souvenait parfaitement de ce jour où le ciel s’était ouvert. Léa, hypnotisée par la beauté de cette faille, comme les grands l’appelaient, s’était approchée et avait disparu… Comme aspirée. Criant de toutes ses forces, il s’était précipité pour la rattraper, mais son père l’en avait empêché. Le serrant de ses bras puissants, il lui avait chuchoté d’être courageux et de rentrer le plus vite possible à la maison.

Alors, il courut. Ses petites jambes lui faisaient si mal… Mais il ne s’arrêta pas. Les joues inondées, le souffle court, il se jeta au cou de sa mère. « Léa… Papa » avaient été les seuls mots qu’il fut capable de prononcer… Mais cela suffit pour lui faire comprendre qu’un immense malheur venait de s’abattre sur leur famille.

Ce que l’enfant n’avait pas vu, ce sont les monstres qui sortirent de la faille. Leur sourire carnassier et leurs yeux emplis de cruauté… Leurs griffes acérées et leur soif de violence. Ils détruisirent tout sur leur passage. Lorsque les gardiennes vinrent enfin à bout de ces infâmes créatures, il ne restait plus rien si ce n’est que des ruines et des corps sans vie. Et, depuis ce jour sombre, il avait été convenu que ce lieu maudit ne serait plus jamais laissé sans surveillance.

Quant au jeune garçon, il ne perdit jamais l’espoir de revoir Léa et son père, même si pour cela, il devrait, lui aussi, se laisser aspirer…

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