Ma forteresse

Ma forteresse

Je me souviens parfaitement de cette immense demeure. Mon refuge. Lorsque je voulais quitter ma réalité, je venais m’y cacher. Une forteresse sortit de mon imagination.

Ses deux tours étaient recouvertes de lierre verdoyant. À leur sommet, deux chapeaux de sorcier en guise de toit. Aucune porte d’entrée. Seulement de vastes ouvertures sur la façade de pierre, protégées par de solides volets en bois blanc. Le ciel était toujours de cette douce couleur orangée. Jamais bleu. Jamais noir. Et des lanternes en fer forgé diffusait une chaude lumière tout autour de ma maison.

Mon unique ami : un hibou. Bavard et terriblement affectueux ! J’en ai passé des heures ici, à observer chaque pièce, chaque recoin. Tel un aventurier. La magie qui régnait en ces lieux était hypnotisante. Jamais je ne me suis ennuyé. Jamais je n’ai eu peur… Peur de mon père, lorsqu’il rentrait saoul. Peur de ma mère, lorsqu’elle rentrait énervée. Peur de ces brutes à l’école…

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas eu besoin de m’enfuir. De quitter cette réalité si pénible. Si sinistre. Mais l’horreur m’a rattrapé. Dans cette tranchée. À quelques mètres de l’ennemi, une odeur immonde flotte dans l’air. La mort rôde. Elle est là pour nous. Nous, pauvres soldats. Devenus de simples cadavres ambulants couverts de sang et de boue.

Ce soir, un silence angoissant enveloppe la brume épaisse. Les balles ne sifflent plus à nos oreilles. Aucun obus ne vient détruire nos installations, balayant quelques hommes au passage. Le calme absolu. Celui avant une tempête épouvantable.

Demain, je le sais, je vais mourir. Mes camarades se reposent, les mains crispées sur leur arme. Les miennes tremblent. De faim. De fatigue. De peur. Je ferme les yeux, inspire profondément et pars. Très loin, comme lorsque je n’étais qu’un petit garçon. Dans cette forteresse magique. Pour oublier. Pour vivre…

Texte de L.S.Martins

Image par marucha de Pixabay 

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