La hutte royale

La hutte royale

La hutte royale. Ma hutte. Cadet d’une fratrie de quatre garçons, jamais je n’aurais pensé prendre place, un jour, sur le trône. Je n’étais pas prêt. Je n’y avais pas été préparé. J’avais été élevé bien loin des préoccupations princières. Toutes les manigances me sont inconnues. Tous les secrets de guerres disparus.

J’étais l’artiste de la famille. Celui qui respirait le parfum des fleurs, grimpait aux arbres pour contempler les étoiles, parlait aux animaux… Je connaissais tout de la nature. Mais rien du royaume.

C’est mon père qui avait fait construire cette demeure, sur le plus haut sommet de la forêt, surplombant tout le village. Pour plus de sécurité, aucune ouverture n’y avait été percée, sauf la porte d’entrée. Mais il avait exigé que les murs extérieurs soient décorés comme les églises des grandes villes. Des grands vitraux, comme il disait. Quant au toit, il devait aller au-delà de l’habitation. Pour nous protéger les jours de pluie.

Mon père était un homme instruit. Il avait beaucoup voyagé. Jusqu’au jour où il aperçut ma mère. La fille du roi. Une jeune fille magnifique, pure, aux yeux d’un vert envoûtant. Il n’est plus jamais reparti. Il a partagé toute sa science avec les villageois, dont la médecine et l’architecture.

Cachés au plus profond de la forêt, nous étions à l’abri des guerres, des épidémies et des jalousies des peuples voisins. Mais pas éternellement. Malheureusement. La maladie décima notre peuple, emportant les plus vieux comme les plus jeunes. Je vis tombé mon père, suivi de ma mère et quelques jours plus tard mes frères. J’étais le dernier de la lignée royale. Celui qui avait survécu à plusieurs semaines de fièvre et d’agonie.

Aujourd’hui, ils me vénèrent. Moi. Mais je ne suis qu’un homme. Perdu. Ravagé par le chagrin. Condamné à vivre dans cette maison hantée par les fantômes de ma famille.

Texte de L.S.Martins

Image par Florian Kurz de Pixabay 

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.