Ils comptent sur moi...

Ils comptent sur moi…

Il se dresse devant moi. Majestueux. Las. Luttant sans cesse pour rester debout. Contre le temps. Contre la nature. Contre la violence humaine.

Voilà des siècles que personne n’a foulé ce sol. Je suis le premier et ne suis pas certain de mériter ce funèbre honneur. Mais c’est mon devoir. Ma sinistre mission.

Au cœur des marécages obscurs, ce maudit château demeure le seul à pouvoir abriter les quelques âmes encore vivantes sur cette planète devenue hostile. Tout le reste a disparu. Emporté par les vents capricieux. Brulé par les incendies dévastateurs. Empoisonné par les pluies acides.

J’avance précautionneusement, de peur d’effrayer cette gigantesque forteresse. De la voir irrémédiablement disparaître en réponse à mon intrusion. Que ses grilles ne se referment à tout jamais nous laissant nus. Impuissants. Démunis.

Le lierre vénéneux, peu à peu, se resserre sur ces antiques pierres. Je l’entends ramper, se faufiler sournoisement… La mousse court sur le sol humide, imprégnant l’air d’un parfum sucré. Envoutant. Mais je ne dois pas me laisser ensorcelé. Je dois continuer malgré tout.

Un foulard sur le visage, le cœur battant la chamade, je progresse prudemment sous l’œil attentif de ma colonie. Ils comptent sur moi. Je suis le seul capable de dompter cette flore sauvage. Je ferme les yeux. Me concentre sur l’énergie féroce qu’elle dégage. Elle me parle. Ma présence la dérange. Elle veut que je parte. Que je la laisse en paix…

Des cris sinistres brisent soudain le silence pesant des lieux. Comme un rappel à l’ordre. Des oiseaux, au croassement effroyable, se rapprochent de moi. Mais je reste fort. Je ne me laisse pas intimider. Plus que quelques mètres. J’y suis presque.

Les grilles s’ouvrent dans un grincement féroce m’invitant à rentrer. Est-ce un piège sournois ? Ou ai-je réussi à apprivoiser cette végétation impitoyable ?

Une voix soyeuse s’empare de mon esprit, me susurrant des mots tendres. Me suppliant de la rejoindre dans l’obscurité de ces murs. Mon cerveau vulnérable se laisse charmer, signant mon arrêt de mort. Le seuil franchi, un brouillard épais m’aspire et je disparais à tout jamais dans la noirceur de ce maudit château.


20 minutes chrono, sans relecture.
Texte de L.S.Martins
Image par Brigitte makes custom works from your photos, thanks a lot de Pixabay 

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