Géant de glace au clair de lune

La légende de Tyrios – Réécriture

Le jeune garçon tire timidement la veste polaire de son père pour attirer son attention. D’une voix incertaine, il lui demande en pointant du doigt le géant de glace au loin :

– C’est qui, papa ?

L’homme se retourne pour s’agenouiller devant son fils avant de lui répondre :

– Un dieu, Théo.

– Un dieu ? Mais… mais que fait-il ici ? Je croyais qu’ils habitaient dans un palais, là-haut, dans le ciel…

Le père ne peut réprimer un sourire devant la naïveté de son enfant.

– Oui, c’est vrai. Mais parfois, ils descendent sur notre planète merveilleuse. Pour se détendre ou pour se mêler aux hommes.

Une moue imperceptible d’incompréhension se dessine sur le visage de Théo. Pourquoi un dieu choisirait un tel endroit pour se reposer ?

– Alors, il dort ? C’est bien ça ? Mais pourquoi ici ? Il fait si froid… On dirait une statue de glace, comme s’il était mort…

– Détrompe-toi, mon fils. Il est bien vivant. Il dort sur ce sommet depuis des siècles. Toujours en compagnie de son redoutable dragon. Te souviens-tu des histoires que je te contais le soir ?

– Oui…

– Eh bien, il s’agit du dieu Tyrios. Il demeure ici depuis la terrible bataille qui opposa notre peuple aux cruels Valuriens… Mi-dieux mi-démons… invaincus jusqu’alors. Sans son aide, nous ne serions pas là. Jamais nos ancêtres n’auraient remporté cette guerre sanglante. Et tu sais pourquoi il nous est venu en aide…

Théo fait un signe discret de la tête. Sans quitter le géant de glace des yeux, il écoute attentivement son père :

– Nous sommes ses enfants… Les descendants de feu son fils Atelio. Les anciens racontent qu’il était inconcevable, pour le dieu Tyrios, de rester spectateur de notre extinction. Furieux, il descendit des cieux sur son fidèle dragon, auréolé d’une lumière éblouissante et laissa sa colère se déchaîner sur les Valuriens. Notre ennemi tomba au sol avant de disparaître dans un hurlement effroyable.

« Épuisé, le dieu Tyrios vint ensuite se poser sur ce sommet et s’endormit.

« Aujourd’hui, mon enfant, c’est à notre tour de le protéger.

Théo saisit la main de son père pour prendre la direction du dieu assoupi.

– Viens, papa. On peut s’approcher un peu plus, s’il te plaît ?

– Surtout pas, Théo. Promets-moi de ne jamais faire l’erreur de réveiller un dieu. Il est impossible d’anticiper leur réaction. C’est très dangereux…

– Mais…

– Non, Théo. Assez discuté. Nous devons impérativement avancer. Notre route est encore longue, et il fait beaucoup trop froid pour nous attarder plus ici. Mais, rassures-toi, tu auras l’occasion d’en voir de nombreux autres au cours de notre voyage.

– Ah bon ? Mais si tous les Dieux dorment, qui prions-nous le soir ?

Le père sourit avant de répondre tendrement à son fils :

– Eux et bien d’autres… Avance maintenant.

Version du 10 juillet 2020

Qui est ce géant de glace, papa ?

C’est un dieu, mon garçon.

Un dieu ? Que fait-il ici ? Je croyais qu’ils habitaient dans un palais dans le ciel…

C’est vrai. Seulement, parfois, ils viennent se reposer sur notre belle planète.

Il dort ? Pourquoi ici ? Il fait si froid… On dirait qu’il est mort.

Détrompe-toi mon fil, il est bien vivant. Mais cela fait des siècles qu’il dort en compagnie de son redoutable dragon. Te souviens-tu des histoires que je te contais le soir ?

Oui…

Eh bien, il s’agit de Tyrios. Il demeure ici depuis la grande bataille qui opposa notre peuple aux cruels Valuriens… Mi-dieux mi-démons… Invaincus jusqu’alors. Sans son aide, nous n’aurions été que des victimes de plus. Mais nous sommes ses enfants… Les descendants de feu son fils Atelio. Il lui était inconcevable de rester simple spectateur de notre extinction. Mon père me racontait souvent que Tyrios était descendu des cieux sur son fidèle dragon, entouré d’une lumière féerique. Il déchaîna sa colère sur les Valuriens qui disparurent dans un cri de douleur et d’effroi. Fatigué, il vint alors se poser sur cette colline et s’endormit. C’est à notre tour, aujourd’hui, de le protéger.

Dis papa, est-ce qu’on peut s’approcher un peu plus, s’il te plaît ?

Surtout pas. Il ne faut jamais réveiller un dieu. Sa réaction pourrait être des plus terribles !

Mais…

Non, assez discuté ! Nous devons avancer. Il fait trop froid pour nous attarder plus ici. Et puis, notre route est encore longue. Tu auras l’occasion d’en voir de nombreux autres au cours de notre voyage.

Ah bon ? Mais si tous les Dieux dorment, qui prions-nous le soir ?

Eux et bien d’autres… Avance maintenant…

Texte de L.S.Martins.

Image par Stefan Keller de Pixabay

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