maison isolée dans une forêt lugubre

Une terrible réalité

Page du journal de Spinner, Gardien de Gallja en mission avec Gallir dans les forêts de Faelis.

J’espère ne plus jamais être témoin d’un spectacle aussi épouvantable. Comment peut-on se montrer aussi cruel envers les siens ? Même pour une histoire de pouvoir… Voilà plusieurs semaines que ces visions hantent mes nuits et peuplent mes songes. Nous nous sommes promis, avec Gallir, de ne jamais révéler ce que nous avons trouvé ce jour-là dans la forêt de Faelis, non loin de Celeborn. Mais me sera-t-il possible d’honorer cette promesse ? Coucher cette terrifiante vérité sur le papier apaisera vraiment mon esprit ?

Cela devait être une simple ronde, une promenade dans l’une des plus splendides forêts de Faelis, lorsque des cris d’agonie brisèrent la sérénité des lieux. Ils semblaient venir d’une maison modeste isolée, jadis habitée par l’ermite Kiklou… Un Gardien Maître du Temps qui avait préféré se retirer de la ville. La rumeur dit qu’il ne supportait plus ses visions parmi les vivants… Voilà plusieurs années déjà qu’il a disparu. Alors pourquoi ces cris ?

Nous nous sommes approchés prudemment, à l’affût du moindre bruit… Du moindre mouvement… Le calme était revenu… Un silence terrifiant nous entourait. Nous n’étions pas prêts pour ce qu’il se trouvait derrière la porte. Une scène des plus macabres… À la vue de ce sordide spectacle, je ne pus m’empêcher de vomir mes tripes dans un buisson sous la fenêtre. Gallir me rejoignit… Le visage blême… Une terrible détresse dans le regard.

– Reagon… Fileon… bredouilla-t-il avant de vomir à son tour. 

Je compris alors que les corps ligotés au centre de la pièce n’étaient autres que nos deux amis d’enfance. Nous nous devions, pour honorer leur mémoire, de découvrir ce qu’il leur était arrivé. Je me relevai avec grande difficulté et me dirigeai vers l’entrée. 

Je n’arrivais plus à réfléchir… Incapable d’analyser ce que j’avais sous les yeux. Nos deux amis gisaient, sans vie, au centre de la pièce. Leurs corps avaient été lacérés… mutilés… brulés… et bien pire encore… Mais pourquoi ? 

Je m’approchai doucement et découvris deux autres cadavres, recroquevillés sur le sol… desséchés… deux jeunes Gardiens. Ils étaient reliés à Reagon et Fileon par une perfusion… Était-ce la raison de leur mort ? La souffrance et la terreur étaient lisibles sur leur visage abîmé.

Qui a bien pu faire une chose pareille ? et pourquoi ? chuchota Gallir. 
Je n’en ai aucune idée…

Je n’arrivais pas à détacher mon regard des corps sans vie de mes amis. La dernière fois que je les avais vus, ils étaient si heureux. Ils partaient en mission auprès des peuples Arelis… découvrir les majestueuses cités de verre… Un frisson me parcourut, me ramenant à cette terrible réalité. 

Je fis alors le tour de la pièce à la recherche d’indices nous permettant de comprendre. Sur la table au fond, de nombreux livres étaient encore ouverts… Des notes, des schémas biologiques et des procédures de tests avaient également été oubliés. Parmi ces documents, se trouvait un carnet à la couverture bleue abîmée… Un journal d’expériences.

« Jour 1 : Nous avons prélevé le sang des Gardiens pour l’analyser. Je ne sais pas encore exactement ce que nous cherchons. Une anomalie génétique ? Si c’est le cas, elle est forcément récessive puisque leurs descendants ne présentent pas les mêmes caractéristiques. […]

Jour 5 : Le sang que nous avons injecté dans les veines de ces créatures les transforme peu à peu. Ils deviennent plus forts, plus hargneux. Nous allons poursuivre nos expériences sur des êtres conscients. Les deux jeunes Gardiens doivent m’apporter plusieurs galljaelis pour que l’on continue nos tests. […]

Jour 10 : La transformation est totale et irréversible. Ces créatures sont stupéfiantes : une force et une vitesse prodigieuses… Une résistance à la douleur et surtout une régénération des tissus rapide et parfaite. Je n’avais jamais vu ça auparavant. Nous poursuivons les tests pour savoir quelles sont leurs faiblesses. […] »

Incapable d’interrompre ma lecture, je feuilletai le carnet et compris, malgré ce vocabulaire des plus étranges, que les deux jeunes Gardiens au sol n’étaient autres que les tortionnaires de mes amis, en quête d’immortalité… L’auteur de ces notes, quant à lui, avait totalement disparu.

À l’arrière de la maison, comme indiqué dans le journal, nous avons trouvé des cages avec les restes sans vie des créatures. L’une d’elles avait un trou béant au centre de la poitrine… Une autre décapitée… De nombreux instruments de torture étaient accrochés sur les murs, et d’autres notes d’expériences avaient été abandonnées sur une petite table.

Nous n’avions qu’une chose à faire… Personne ne devait savoir… Nous ne pouvions pas prendre le risque que d’autres poursuivent ces expériences. Nous avons sorti délicatement nos deux amis de la maison, rassemblés ensuite les autres corps et tous les documents relatant de ces manipulations atroces, puis mis le feu à la maison. Tout disparut dans les flammes…

Quant à Reagon et Fileon, nous leur avons fait nos adieux selon nos traditions…

Je pars demain pour Accona, l’une des cités de verre. Ils pourront découvrir les merveilles du peuple Arelis et être enfin en paix…

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