Arbres morts

Le monde de demain

Petites précisions : Ce texte a vu le jour pour participer à un concours d’écriture. Il s’agit d’une nouvelle sur le principe suivant « Nous sommes le 31 décembre 2030. Mettez-vous dans la peau de celle que vous serez à la fin de cette décennie qui a débuté avec la pandémie COVID-19, impactant la terre entière. À travers un récit libre (journal, nouvelle, reportage, etc.), vous partagez votre imaginaire, vos convictions ou vos analyses. Vous racontez ce que vous avez vécu depuis le confinement de 2020 et ce qu’est devenu le monde. Par l’écriture vous participez à la création d’un monde nouveau. »

Je vous laisse découvrir un récit fictif, pessimiste et apocalyptique, reflet de mon imaginaire ! Bonne lecture !

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31 décembre 2030

Ce matin, j’ai tenté une sortie. Besoin pressant de m’évader… De fuir de cette prison qu’était devenue ma maison. Mais la chaleur est insoutenable pour un mois de décembre. Il n’a pas plu depuis des semaines. Les quelques plantes qui avaient résisté jusque-là, se laissent peu à peu mourir, lasses de se battre. Quant aux animaux ? Ils se font de plus en plus rares. L’espoir me pousse à croire qu’ils ont trouvé refuge dans la montagne. Quelle hérésie !

Qu’avons-nous fait ? La Terre se meurt, ou plutôt se rebelle, tentant de nous réduire en cendres. Mais l’humain est coriace… Un véritable cafard. Il survit, il s’adapte. Peu importe ce que cela coûte, il colonise, détruisant tout sur son passage. Quel être vil et égoïste !

Et dire qu’il y a 10 ans déjà, plusieurs d’entre nous, pauvres naïfs, avaient eu cet espoir fou que le monde allait changer… Évoluer… Apprendre de ces longs mois difficiles. Des élans de solidarité aux quatre coins de la planète étaient nés. Un ennemi commun, le covid-19 comme le nommaient les scientifiques, nous avait unis. Des hommes et des femmes étaient montés au front pour sauver les malchanceux et les imprudents, pour nous nourrir, nous protéger et nous instruire. Et ce, en échange de quelques applaudissements tous les soirs à 20 h. Un geste simple et absoluteur de tant d’incivilités et d’individualisme. Le pillage des rayons des magasins… La fleuraison de masques et de gants de protection dans les caniveaux… Le manque manifeste de respect pour les règles les plus élémentaires. Les mensonges et les manipulations d’un gouvernement désemparé… Une prise en otage par les grands de l’industrie pharmaceutique… Nos ainés ? Enfermés dans les EHPAD, et laissés à l’abandon. Les retraités du monde médical ? Sacrifiés pour le bien de la population. Quant à nos artisans ? Ceux qui faisaient notre fierté grâce à leur savoir-faire et leur talent ? Délaissés… Une période obscure.

Seule notre belle planète profita de ce délicieux moment de repos. Après des années de lutte acharnée contre la pollution et le bruit, la nature reprenait enfin ses droits. Les oiseaux nous émerveillaient, chaque matin, de leur magnifique chant. Les plantes s’épanouissaient pour le plus grand plaisir des abeilles. Les dauphins se sont approchés des côtes, pour rendre visite aux quelques passants sur les ports d’Italie. Venise avait recouvré sa splendeur d’antan. La Chine respirait enfin…

Terminés le bruit assourdissant et les odeurs nauséabondes d’échappement dans les rues des villes et villages. Terminés les cris des soûlards à la sortie des bars. Terminée la morne routine métro, boulot, dodo ! Nombreux sont ceux qui ont dû s’adapter, apprendre à travailler autrement… à vivre autrement. Alors, pour la première fois depuis de nombreuses années, la technologie n’était plus une barrière ! Elle était devenue le moyen magique de rester en contact avec nos proches et nos collègues. Le mot « télétravail » s’est démocratisé, s’adaptant à tout type de métier à commencer par la médecine et l’éducation. L’occasion de se réinventer, de se rapprocher de ceux qui nous entourent, de profiter des moments en famille… peut-être même de mieux vivre, de mieux manger, de découvrir une nouvelle façon de consommer ! Pour les plus rêveurs d’entre nous, ce furent six semaines d’espoir… Celui de voir les mentalités évoluer.

Le 11 mai 2020 est devenu synonyme de liberté ! Ce jour marqua la fin du cauchemar de nombreux Français. Déconfinés, décomplexés, comme frappés d’une amnésie certaine, nous étions de nouveau dans les rues pour nous promener, nous rencontrer! Les enfants allaient enfin retourner à l’école. Tous les magasins allaient enfin pouvoir déverrouiller leurs portes. La vie allait enfin pouvoir reprendre son cours normal… Le besoin de consommer et de posséder toujours plus se fit ressentir à tel point, que les files d’attente de plus de 3 h devant les fast-foods ne décourageaient pas. La patience était-elle vraiment l’unique chose que nous avions retenue de cette période ? Pénible réalité !

Aucun changement, aucune évolution ne vint chambouler la société. Le retour à la normale fut brutal ! Notre identité et notre réussite ? Dissimulées derrière l’image que renvoie notre métier. Notre liberté ? Réduite à notre capacité à acheter, à voyager… Nous accordions toujours autant de valeur à la futilité et au paraître. Et malheureusement, jugements et commérages faisaient partie des loisirs les plus divertissants.

Débuta alors l’été 2020. L’occasion d’explorer librement la France… L’Europe pour les plus chanceux d’entre nous. Le tourisme battait son plein : les plages ensoleillées, les montagnes verdoyantes, les lacs paisibles, et bien sûr les magasins, accueillaient visiteurs imprudents et habitués ! Tout était prétexte pour fuir ces murs devenus prison et ce, au détriment de la nature qui, lors de notre absence, s’était réapproprié les lieux. « Il faut consommer local » sommait le gouvernement. Relancer l’économie… remplir à nouveau les bars et les terrasses délaissés… Les villes et leurs alentours avaient repris peu à peu des allures de dépotoir : masques, gants, papiers, emballages de nourriture, cigarettes… Laissés, sans vie, sur le sol. Les rues animées retrouvèrent leur douce odeur, ce savant mélange d’urine et de pollution, le tout bercé par l’exquise mélodie de la vie urbaine.

Imaginez notre désarroi, lorsqu’en septembre le gouvernement annonça calmement le retour au confinement. Pourquoi ? De nouveaux foyers de Covid apparus un peu partout dans le monde. Le télétravail, abandonné depuis le déconfinement dû au manque de confiance des dirigeants, fut déclaré obligatoire pour tous les métiers compatibles. Les écoles et les crèches refermèrent leurs portes. Les médecins remontèrent péniblement au front… De nouveaux « sportifs » envahirent subitement les rues et les parcs. D’autres regrettèrent amèrement l’abandon de leur animal de compagnie sur la route des vacances. Les différences entre les classes sociales se creusèrent un peu plus chaque jour, se traduisant notamment par un accès à l’éducation pour certains enfants de plus en plus difficile. Et la peur, alimentée sans cesse par des médias manipulés et corrompus, s’invita dans chaque foyer. Peur des autres… Peur de manquer de tout… Peur de la solitude, de l’isolement… Peur de la maladie et de la mort. La France se trouva une nouvelle fois paralysée, tétanisée, impuissante face à cet ennemi sournois. Et chez nos voisins ? ce n’était guère mieux!

La Chine, berceau de cette épidémie meurtrière, fut à nouveau au cœur de l’actualité : la première vague, beaucoup trop faible selon les scientifiques, n’était que les prémices d’un raz-de-marée impitoyable… D’une hécatombe humaine et économique. Les entreprises fermèrent une à une, tout comme les frontières. Les morts foudroyantes se multiplièrent, touchant les plus jeunes comme les plus âgés, devenus égaux face à l’effroyable maladie.

Les Etats-Unis, grandement affaiblis par la première vague, ne furent pas épargnés. Le virus mortel s’invita dans chaque foyer, ravissant un enfant, un parent ou une famille entière. Les plus riches tentèrent désespérément de fuir, offrant leur exode comme parfait vaisseau à cet organisme tueur. Le système de santé défaillant s’écroula brutalement, suivi par l’éducation et l’économie mondiale.

Les pays se recroquevillèrent sur eux-mêmes. Les frontières fermées jusqu’à nouvel ordre. Les morts encombrant morgues et hôpitaux. La peur comme unique compagne. Jusqu’au jour, où il disparut subitement. Pas seulement le temps de nous laisser pleurer nos morts et fêter les vivants. Non. Notre ennemi redoutable se volatilisa tout simplement. Le 10 janvier 2021, nos vies « suspendues brusquement » pouvaient enfin reprendre leur cours normal… Enfin presque. Plus de 2 milliards d’êtres humains avaient péri tragiquement : des pauvres et des riches ; des vieux et des jeunes ; des médecins… des professeurs… des femmes de ménage… des chômeurs.

Qu’en est-il aujourd’hui ? 10 ans après cette année funeste ? Une prise de conscience collective des faiblesses de nos systèmes ? De l’impact de notre activité et de notre consommation abusive sur la planète ? Oui et non !

Les écoles et les hôpitaux ont été tous privatisés, pour faire des économies et remettre notre pays à flot, justifiaient les politiciens. De nouvelles réformes furent instaurées dans de nombreux pays. Après plusieurs mois pénibles d’enfermement, notre liberté illusoire fut réduite à néant… Finis les déplacements longues distances sans autorisation gouvernementale. Finis les rassemblements de plus de vingt personnes, les grandes cérémonies, les sorties au bord de l’eau… sauf autorisation exceptionnelle. Débuta alors l’ère des masques et gants obligatoires dans tous les lieux publics, des couvre-feu, et des recensements des malades toutes les semaines… Malgré la disparition totale du Covid, peur et méfiance étaient toujours bien présentes!

Les entreprises optèrent pour le « green », en favorisant le télétravail. Bien sûr, ce n’était qu’une pure question d’image et de profit… Mais ce fut la fin des bouchons autour des villes… Des transports en commun bondés aux heures de pointe… De la construction massive de locaux pour accueillir les collaborateurs. Avec le temps, l’air devint plus respirable, les villes et leurs alentours plus verts et moins bruyants.

Quel en fut réellement l’impact ? Les pollutions sonore et atmosphérique ont diminué, certes, mais sans jamais disparaître. Notre activité actuelle est néfaste pour notre belle planète, et ce, quoi qu’on fasse. Un nouveau fléau vit le jour : la pollution numérique. Streaming, mails, visioconférences, jeux en ligne et j’en passe, représentent plusieurs centaines de millions de tonnes de CO2 émises en quelques mois, sans oublier la chaleur produite par les datacenters dans les pays du Nord !

Les sinistres prévisions des scientifiques étaient très optimistes face à ce qui nous attendait : le réchauffement climatique dépassera de loin les quelques 1.5 – 2°c d’augmentation ; sécheresse et canicule deviendront le quotidien de nombreux pays ; le besoin en eau et en énergie se fera de plus en plus important dans toutes les régions du monde, et sera d’ailleurs le responsable de nombreuses guerres ; les feux, beaucoup plus spectaculaires que ce que nous avions connu jusque-là, dévasteront « les poumons verts de la Terre », forêts d’Amazonie et du Congo; la fonte des glaces sera à l’origine de centaines de vagues d’épidémie par des microorganismes vieux de plusieurs millénaires. Amorcée par le Covid, une « sélection naturelle » au sein de l’espèce humaine est en marche. Les plus fragiles n’ont plus leur place sur cette terre « hostile ». Mais étrangement, nous ne nous sentons que très peu concernés, aucunement inquiets et certainement pas coupables !

Ce matin, j’ai ressenti le besoin pressant de m’évader… Mais la chaleur est insoutenable ! La chaleur étouffante ou cette vision quasi-désertique de ma belle région ? Le vert des forêts de sapins a laissé place aux couleurs sombres de la roche et des quelques arbres survivants, nus et difformes. Les lacs ont été asséchés pour soutenir nos agriculteurs. Le chant des oiseaux s’est éteint depuis plusieurs mois déjà, remplacé brusquement par un silence angoissant…

Le cœur serré, les larmes aux yeux, j’ai contemplé quelques minutes le résultat de notre cupidité et de notre irresponsabilité. Je pris alors conscience que ma maison n’était pas une prison, mais mon cocon… Et qu’elle seule pouvait encore me protéger de ce terrifiant spectacle.

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