Image par Sergio Cerrato - Italia de Pixabay

Liberté

 Enfin, je suis loin. Enfin, je suis libre.

Je sais que jamais ils ne pourront me rattraper. Que jamais ils ne pourront à nouveau m’enfermer. J’y ai bien veillé.

Pourtant, assise au bord de ce bruyant cours d’eau, je ne peux m’empêcher de frissonner. De sursauter au moindre hululement. Au moindre coup de vent. Mon cœur bat la chamade. Mon cerveau est en ébullition. Et mon corps tendu et épuisé. Mais j’y suis habituée.

Je n’ai pas connu le repos. Je n’ai pas connu la paix. Trop longtemps, j’ai vécu l’enfer. Trop longtemps, j’ai accepté ce calvaire. Depuis la disparition de ma mère. 

Justierina était la grande prêtresse de notre village. Une puissante sorcière adulée de tous, aimée de personne. Tous la craignaient, mais personne ne la respectait. On venait la prier pour une vengeance, pour une revanche, mais on l’accusait de toutes les catastrophes et les perversions de ce monde. 

Ainsi, lorsque Justierina se volatilisa un matin d’hiver, me laissant seule à l’âge de 4 ans, les villageois n’ont eu d’autre choix que de s’en prendre à moi. Sans même un procès, ils m’ont enfermée dans une cage d’acier. Ils n’ont pas osé me brûler ni même me pendre. Après tout, j’étais vraisemblablement la progéniture du diable, je n’étais encore qu’une enfant.

J’ai grandi entre ces quatre murs de plomb, ne voyant le jour que lorsque la porte de ma prison était ouverte pour me jeter un morceau de pain sec que même leurs bêtes ne voulaient pas et remplir une bassine d’eau glacée pour ma toilette et me désaltérer.

De temps en temps, l’un de mes geôliers osait pénétrer dans mon cachot pour me montrer une libidineuse affection. Toujours se plaignant de mon odeur. Toujours me faisant subir des horreurs. Jusqu’à aujourd’hui. J’ai patienté jusqu’à ce que ce vieux porc pousse son dernier cri. Qu’il soit étourdi après sa rapide et immonde jouissance. Et j’ai fui.

J’ai couru jour et nuit, sans jamais m’arrêter. Malgré mes pleurs incessants. Malgré mon corps meurtri. J’ai couru pour ma vie. 

Enfin, je suis loin. Enfin, je suis libre.   

Texte de L. S. Martins (30 minutes sans relecture).
Image par Sergio Cerrato – Italia de Pixabay

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *