Mon paysage intérieur

Mon paysage intérieur

Dans la pénombre rassurante de la nuit, un somptueux paysage se dessine peu à peu. Autour de la lune pleine et gigantesque, des milliers de diamants éclatants décorent luxueusement le ciel noir-ébène. Quelques nuages, poussés tendrement par un vent chaud, jouent avec la lueur resplendissante des astres. Tout semble si paisible. Encore endormi. Parfaitement calme.

La tempête est enfin terminée. Une pluie diluvienne a abreuvé le sol fertile, d’où s’échappe à présent une divine odeur de terre mouillée. Elle se mêle harmonieusement au parfum subtil de l’herbe grasse et des lilas. Un délicieux mélange boisé et sucré. De splendides fleurs blanches éclosent nouvellement, leurs pétales délicats perlés d’une rosée scintillante. Des petits yeux phosphorescents observent en silence la nature s’épanouir, cachés dans les buissons dorés. Bien à l’abri du froid et du danger.

Sous l’aube naissante, une immense forêt apparaît. Des arbres gigantesques et verdoyants, aux racines solides et aux branches noueuses, se dévoilent lentement. Tous recouverts d’une mousse odorante. Les rayons du soleil printanier percent la fine couche nuageuse pour venir effleurer les feuilles des énormes chênes. Les couleurs sont splendides, presque irréelles. De véritables camaïeux de vert, de jaune et de rouge savamment déposés, éparpillés sur ce paysage bucolique. Quel spectacle éblouissant.

Dissimulé derrière des rochers saillants, un étroit ruisseau court au cœur de ce bois majestueux. Écoutez comme il murmure… en parfait accord avec le chant mélodieux des hirondelles. L’eau, fraîche et limpide, éclabousse les roseaux sur la rive. De minuscules poissons bleu et violet nagent librement parmi les lotus et les nénuphars. Ils jouent ensemble comme des enfants insouciants. Rien ne semble pouvoir les perturber, pas même ce gros chat noir qui se désaltère plus bas, les pupilles dilatées et les moustaches aux aguets. Comme s’ils n’avaient rien à craindre de lui.

Le soleil vibrant réchauffe la terre, chargeant l’air d’une étouffante humidité. La forêt luxuriante disparaît peu à peu, tel un mirage, pour laisser place à une immense étendue de sable blanc aussi brûlant que des braises incandescentes. Seuls quelques palmiers, jaunis par la chaleur infernale, vivent dans ce désert ardent. Offrant ainsi une ombre salvatrice aux braves créatures qui ont osé s’y aventurer. La canicule qui règne en ces lieux est épuisante, exténuante. Pourtant, le silence y est ressourçant et l’ambiance si paisible.

De magnifiques dunes se découpent dans l’horizon. Un spectacle magique. D’étranges traces, au loin, se dessinent doucement. Longues et sinueuses. La brise capricieuse n’est pas en cause. Un incroyable serpent, en ombre chinoise, se dresse devant le soleil écrasant. Il ondule au rythme d’un tam-tam. Il danse en silence. Un mouvement régulier et hypnotisant. Un vent puissant se lève brusquement. D’épais nuages de poussière tourbillonnent, estompant ce paysage désertique. Un véritable cyclone qui balaye tout sur son passage : le reptile et ses prodigieuses oscillations, les couleurs orangées d’une fin de journée, l’odeur minérale du sable chaud…

L’iode marin envahit subitement l’atmosphère. Le bruit des vagues résonne agréablement. Un va-et-vient constant et régulier tel une respiration lente et paisible. Au loin, le ciel sombre se jette dans l’eau turquoise, formant une ligne parfaite. Infinie. Inatteignable. Le soleil, encore haut, joue à cache-cache avec les nuages menaçants. Sur la plage, l’océan lèche amoureusement les galets multicolores, laissant derrière lui une fine écume laiteuse. Quelques mouettes tournent librement, à la recherche de leur prochain festin. Elles chantent gaiement… D’un cri semblable à un rire aigu.

Il fait de plus en plus frais. La lumière, voilée, pénètre à peine dans les profondeurs. Des algues phosphorescentes dansent gracieusement au rythme des lents remous. Du corail rouge, orange et blanc tapisse le sol, offrant refuge à de merveilleuses petites bêtes : des poissons-clown, des étoiles de mer, de minuscules hippocampes… Ils semblent vivre en harmonie, loin de la surface et des éventuels prédateurs. C’est un autre monde, sans aucune limite. Où il est possible de marcher sur le sable fin et de voler, porté par l’eau, au-dessus des rochers. Et cette mélodie délicate… Ce bruit léger si apaisant. Si relaxant.

Peu à peu, le ciel se dégage laissant les rayons éclatants de lune naissante dévoiler une citée submergée. L’ambiance en ces lieux est magique. La lueur céleste vibre au rythme hypnotique du courant et se reflète dans la nacre, les immenses vitraux et les pierres scintillantes aux couleurs inimaginables qui composent cette ville féerique. Des centaines de créatures exceptionnelles nagent paisiblement dans ces profondeurs. Toutes aussi belles les unes que les autres : des sirènes aux écailles arc-en-ciel et aux ailes repliées, des dauphins aux nuances improbables, des raies fluorescentes éclairant les rues les plus sombres… et les Naphiliens. Le peuple des eaux de Gallja. Une pure splendeur. Semblables aux humains : une peau lisse et nacrée, une chevelure bleu marine étincelante et de fines branchies argentées sur leurs narines. Leurs pieds et leurs mains, légèrement palmés, leur confèrent une grâce divine et une vitesse prodigieuse. Fabuleux…

Bienvenue à Atlaïs.

Texte de L.S.Martins en réponse à un défi d’écriture de la Guilde des écrivants.

Image par mohamed Hassan de Pixabay  : Méditation Zen Chan – Photo gratuite sur Pixabay

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