Image par Fabien de Pixabay

Retour aux sources

La rue n’avait pas changé. Comme moi, elle avait vieilli, mais les traits restaient les mêmes. Les pavés avaient un peu palis, les murs un peu noircis, mais l’odeur d’urine et de café moulu imprégnait toujours l’air ambiant. 

Je ne me souviens plus de la dernière fois que je suis venu ici. S’il pleuvait ou si le soleil léchait les pierres roses. S’il faisait jour ou si la nuit camouflait la misère. Ce dont je me souviens, c’est d’une dispute entre deux adultes. Du bruit de verre brisé. Des cris et des pleurs. D’une rouquine qui m’avait prise dans ses bras, me répétant bêtement que tout irait bien. 

Et puis plus rien. Plus de coups. Plus de jeux. Plus de larmes. Plus de rires. Le 2 rue des lilas, avec son imposante porte en bois et ses escaliers de pierre, n’existait plus. Il avait laissé place à l’orphelinat des sœurs Gloria. Un immense manoir froid et vide. Vide de vie. Vide d’amour. Vide de tout.

Aujourd’hui, j’ai trente ans et, pour la première fois depuis vingt-cinq ans, je foule les pavés de cette impasse déserte. Le 2 rue des lilas existe toujours. Il était juste là. Encore quelques pas, et il serait devant moi. Les souvenirs remontent un à un, mais sont-ils réellement les miens ? Ou simplement ceux d’une fillette heureuse et peureuse qui a disparu pour devenir moi ?

Texte de L.S. Martins (20minutes chrono, sans relecture). 
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