5e élément

Un étrange voyage

Un nouvel exercice passionnant de la masterclass qui vise à explorer son inconscient, guidé par la voix de Bernard WERBER.

Quel bonheur cette sensation de liberté, seule parmi les nuages et les étoiles Inconsciente de l’incroyable rencontre qui m’attend, je contemple les beautés de notre planète… chacune de ses rondeurs chacune de ses rides chacune de ses blessures. Malgré le mal que nous lui faisons chaque jour, elle se dresse fièrement devant moi, prête à me dévoiler tous ses mystères… tous ses secrets.

Bonjour mon enfant

Une voix semblable à des milliers de murmures envahit ma tête. Elle est empreinte d’une grande sagesse, mais également d’une profonde tristesse. Je la connais bien mais c’est impossible ? Seule Sarah, l’héroïne de mes romans, est capable de l’entendre. Je ferme les yeux et me concentre sur cette voix, mais je suis de nouveau seule prisonnière d’un silence douloureux.

Je me calme mon subconscient me joue des tours voilà tout. Je suis bloquée sur mon livre depuis plusieurs semaines et c’est une façon pour lui de se moquer de moi.

N’aie pas peur de moi regardemoi

Je suis prise de vertige, tout tourne autour de moi. La Terre perd de ses couleurs les continents se rapprochent se morcèlent… se transforment. Je prends peur, mais une part de moi comprend ce qu’il se passe. J’ai quitté notre planète depuis longtemps. Gallja Cet être majestueux, qui tel un phénix renait toujours de ses cendres quelles que soient les atrocités qu’elle a pu subir, prend peu à peu forme devant moi.

Viens, mon enfant…

C’est alors que je vois apparaitre devant moi un dragon blanc. Ses écailles sont telles des morceaux de cristal qui reflètent chaque fragment de lumièrerenforçant l’irréalité de la scène il m’invite à monter sur son dos. Étrangement, je ne ressens aucune peur. Commence alors le voyage le plus extraordinaire de ma vie.

Nous volons au-dessus d’un étrange lieu aux allures de parc historique. D’immenses champs de blé parsemés de coquelicots entourent un vieux village. Ces étendues sont pareilles à une mer dorée calme, inondée de soleil et bercée par le vent chaud d’une fin d’après-midi. Un carillon au loin joue une douce musique.

Le petit hameau est divisé en deux par un cours d’eau tranquille qui alimente un grand moulin en pierre. Des animaux étranges s’y abreuvent. Ils ressemblent à des chevaux noirs, mais sont beaucoup plus grands et squelettiques. De leurs naseaux sortent une légère fumée blanche et leurs yeux sont noirs et tristes.

J’aperçois sur la place centrale du village quelques habitants, vêtus de peau de bête. Quelles curieuses créatures ! Leur physique est très proche de celui des hommes mais tout leur corps semble être recouvert d’une peau de serpent. Leurs yeux sont surprenants et hypnotisants : un iris d’un vert intense cerclé de doré divisé en deux par une fine pupille verticale.

Étrangement, ils ne semblent pas nous voir. Nous étions de simples spectateurs, invisibles… immatériels.

Accroche-toi mon enfant

Tout devient flou et nous sommes aspirés par une tornade étrange qui semble tout détruire sur son passage. Au centre, le temps est comme accéléré. Les saisons défilent et le village disparait, érodé par des siècles de pluies, de maladies et de guerres.

Et puis plus rien… La tempête se calme nous laissant seuls en plein ciel au-dessus d’une immense forêt en flammes des nuages sombres et menaçants autour de moi… mais aucune goutte ne semble vouloir tomber pour éteindre ce brasier.

A travers la fumée épaisse, je peux apercevoir des créatures paniquéescourir dans tous les sens, tentant vainement de s’échapper. Les crépitements du feu ne couvrent pas leurs cris de désespoir ni les râles de douleurs des arbres centenaires qui peuplent les lieux. Je ne peux retenir mes larmes et tenter de les sauver ou d’abréger leurs souffrances mais il ne se passe rien. Je suis condamnée à être le témoin fantomatique de cet horrible spectacle. Nous nous trouvions dans la forêt, au cœur d’un incendie insatiable… et d’une guerre violente entre différents peuples serpents. Des centaines de corps, toutes espèces confonduesrecouvrent le sol rouge sang. L’air est brûlant et chargé de cendres. Le bruit des lames rythme notre vol. Mon cœur est lourd tant de victimes des enfants des femmes enceintes des hommes de tous âges tous morts mais pourquoi ?

Mes questions restent sans réponse. Ma vue se trouble et le temps s’accélère à nouveau. Je vois les survivants tomber, le regard triste et sans vie la nature fragile disparaîtredévorée par les flammes. Nous volons à présent au-dessus d’un désert de cendres où règne un silence angoissant.

Au loin, j’aperçois plusieurs manticores, parmi eux, je crois reconnaitre un vieil ami Altaïr. Mais il ne me voit pas. Personne ne nous voit…

Soudain, le sol se met à trembler. Les manticores et d’autres protecteurs s’envolent et je comprends enfin ce qu’il se passe. Je suis le témoin de la mort de Gallja.

Des flammes vertes sortent du sol et le désert s’embrase. Quel spectacle magnifique ! Le feu semble vivant et danser au rythme du vent. Je perds toute notion du temps, je suis comme hypnotisée par ce tableau féerique.

Une pluie d’étéchaude et salée, me sort de mon état de transe. Au-dessus de moi, des milliers de créatures manticoressirènesdragons et bien d’autres… regroupés dans les cieux pour former un bouclier autour de Gallja. Tous pleurent en souvenir des victimes de cette guerre dévastatrice.

Sous ce déluge de larmesje vois le feu s’éteindre nous laissant, mon dragon et moi-même, dans le noir absolu. Le sol est brûlant et une vapeur étouffante en émane. Seules quelques larmes viennent rompre le silence qui s’est installé en heurtant violemment cette terre exempte de vie et de magie. Le temps semble s’être arrêté, et je sens le désespoir s’emparer peu à peu de moi…

Calme-toi mon enfant

Ma douleur s’apaise peu à peu. Je me laisse bercée par une douce musique qui me réchauffe le cœur et l’esprit. D’où peut-elle venir ? Les protecteurs plus aucune tristesse ne flotte dans l’air. Ils semblent s’être calmés, et affichent même une certaine bienveillance, comme des parents avec leur nouveau-né. Ils chantent pour Gallja, pour célébrer sa renaissance.

Le sol se met doucement à trembler. L’épaisse couche de cendres se fissure laissant s’échapper des raies de lumière aux mille couleurs. Malgré la beauté du moment, je ne peux m’empêcher de fermer les yeux face à la puissance dégagée.

Le temps s’accélère à nouveau. Gallja se prépare à accueillir une nouvelle fois la vie le sol noir laisse place à une nature luxuriante et des océans purs et limpides. Depuis le dos de mon dragon, je peux apprécier l’évolution selon Darwin avec l’apparition, l’adaptation et la disparition d’espèces animales et végétales. Malheureusement, la nature ne laisse pas sa chance à cette génération de Galljaelis. Un astéroïde de plusieurs dizaines de mètres de diamètre passe non loin de nous, et vient percuter Gallja en pleine forêt. L’impact provoque une puissante onde de choc qui souffle tout sur son passage, moi y compris Des milliers de fragments de roches sont projetés tels d’énormes boulets de canon provoquant de grandes vagues et creusant d’impressionnants cratères. Une véritable tempête de feu se propage depuis le point d’impact, consumant toute vie et magie présente sur la planète. En quelques heures seulement, Gallja s’était éteinte. Les protecteurs sortaient à peine de leur sommeil. Tout avait été si soudain… Ils émergent peu à peu et se regroupent dans les cieux.

Il faut que tu aides mon peuple que tu sauves la nature

L’air devient de plus en plus lourd, chargé d’une odeur nauséabonde… de la pollution ! Nous nous trouvons à présent au centre d’un brouillard de fumées d’échappement en tout genre. Mon dragon atterrit, incapable de se repérer. Un bruit sourd retentit. Un klaxon ? Une voiture des plus futuristes s’arrête brusquement devant nous. Enfin quelqu’un capable de nous voir ! Un homme rouge vêtu d’un seul pantalon large en sort, furibond. Il s’égosille, mais ne nous prête aucune attention. Je ne comprends pas ce qu’il crie, mais il semble très en colère. Une jeune femme, rouge elle aussi, sort de nulle part. Elle a une démarche nonchalante, un chewing-gum à la bouche et une robe moulante noire provoquante. Quel couple charmant Après un doigt d’honneur en direction de son compagnonelle monte dans la voiture et ils repartent dans un nuage de gaz toxique.

Où suis-je tombée ?

Le dragon prend soudain de la hauteur, espérant probablement échapper à cette pollution. Je prends enfin conscience de la grandeur de la cité et de l’évolution technologique de cette génération. La hauteur vertigineuse de chacun des immeubles qui nous entoure dépasse de loin ce que nous sommes capables de faire sur Terre. Plusieurs milliers d’étages nous séparent du sol, invisibles sous cette épaisse couche de pollution.

Tous les bâtiments sont identiques et tristes un dégradé de gris en façade, du noir au blanc. Les niveaux de couleurs représentent différentes classes sociales, les plus pauvres en bas, constamment dans le brouillard et le noir, et les riches au-dessus des nuages.

Pour éviter le mélange de population, une circulation strictement horizontale a été instaurée. Jamais l’un de ces bolides volants ne franchit les frontières, sauf peut-être les autorités. La cité est semblable à un livre d’histoire retraçant les évolutions sociales et scientifiques. Les nouvelles technologies développées par les peuples du bas sont exclusivement réservées aux plus riches.

Au pied des immeubles, seules les premières générations de voiture ont le droit de circuler. Les plus récentes sont, financièrement et légalement, inaccessibles pour ces classes sociales. Au vu de l’état des routes, les habitants ont été obligés de les trafiquer pour qu’elles puissent planer. Chaque accélération se fait un bruit tonitruant, et dégage une fumée noire nauséabonde qui vient parfaire ce nuage de pollution dense et suffoquant. Alors que dans les cieux, l’air est si agréable, si pur. Les véhicules ressemblent à de véritables concepts-car aux lignes épurées, silencieux et propres.

La nature ne semble pas avoir sa place dans ce monde noir et blanc fait d’injustices et d’inégalités Nous traversons cette cité austère, à la recherche de fantaisie ou de magie. J’aperçois enfin une pointe de couleur au centre d’un niveau gris clair, à quelques centaines d’étages du sommet du bâtiment une petite fleur posée sur un bord de fenêtre, tentant vainement de survivre. Elle commence déjà à dépérir… mais un peu d’eau et d’amour lui suffirait… malheureusement la bêtise n’est pas réservée aux humains ! Un homme en uniforme saisit la plante et la jette dans le vide quel idiot ! Pourquoi faire une chose pareille ?

Vite… je dois la sauver

Comme s’il m’avait comprise, le dragon pique en direction du sol à une vitesse vertigineuse, pour rattraper cette vie innocente. Malheureusement, elle passe à travers mes mains et le pot vient se briser en mille morceaux sur le sol goudronné… Aucune chance de survie pour elle…

A peine son premier pétale au sol, un terrible tremblement de terre secoue toute la ville. Coïncidence ? Non, bien sûr que non la chute du second pétale est suivie d’une violente réplique qui se fait sentir à travers toute la cité. L’avenir de Gallja semble dépendre de cette petite fleur si elle fane ou périt, ce monde risque de disparaître avec elle !

Une fois de plus, je ressens le besoin d’aider un peuple qui ne le mérite peut-être pas… mais qui suisje pour les juger ? Je n’arrive pas à me résigner à les regarder disparaître sans réagir Les secousses se succèdent détruisant peu à peu la cité. Les immeubles tombent un à un, tel un jeu de dominoensevelissant des milliers de personnes. Les bruits de la circulation laissent place aux cris et aux pleurs. Une poussière épaisse se mêle à la pollution rendant l’air irrespirable. Des équipes de secours robotisées viennent en aide aux survivants bloqués sous les montagnes de débris des enfants à l’école au moment des séismes des femmes et des hommes de tout âge et de toute classe sociale… tous égaux face à la douleur et à l’atrocité de la situation.

La fleur, quant à elle, semble épargnée par les déluges de pierre et de métal comme par magie, elle se trouve au centre d’un rayon de soleil, loin de la poussière et de la pollution… mais son état est tout aussi inquiétant.

Le moment que je redoute le plus arriva : le dernier pétale tombe et la cité s’embrase. Tout disparait dans les flammes en quelques secondes la pollution les immeubles  les machines le peuple il ne reste qu’une couche épaisse de cendres noires.

Nous sommes à nouveau seuls, dans le noir le plus total. Mon dragon se pose sur un sol que je ne peux voir et m’invite à descendre. J’hésite, mais il ne me laisse pas le choix. Il s’incline alors devant moi et murmure :

Sarah a besoin de toi Pour vaincre l’obscurité qui me ronge, elle devra s’entourer… Mes enfants la suivront, mais à l’unique condition qu’elle se fasse enfin confiance… qu’elle me fasse confiance. Et n’oublie pas, le froid est son unique espoir.

Je n’ai pas le temps de poser la moindre question. Il disparaît sans crier gare aspiré dans un livre à la couverture en cuir corné. Le décor autour de moi change : je me trouve dans une petite cabane en bois perchée dans un arbre tropical. La chaleur et l’humidité ambiante font remonter en moi de nombreux souvenirs… Mon incroyable compagnon de voyage n’était autre que l’une des représentations de Gallja… cette planète magique aux mille vies venait de m’apparaître et de me donner la solution pour la fin de mon histoire !

2 Comments

  • Cédric Gérard

    Wahou !
    Style d’écriture toujours aussi excellent.
    J’adore la mise en abyme proposée par cette publication.

    J’espère que cela ravivera l’inspiration pour avancer sur le quatrième livre.

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