Ma véritable histoire

Ma véritable histoire

Il était une fois, une méchante… Non, veuillez m’excuser, mais je ne peux pas entamer ma sombre histoire ainsi. Beaucoup trop banal. Sans aucune originalité. C’est indigne de la grande Maléfique. Fée malfaisante aux ailes d’aigle régnant sur la Lande. Terreur des hommes.

Vous connaissez tous la version quelque peu approximative de ces deux frères ignorants. Celle selon laquelle je suis un monstre immonde qui, sans raison aucune, avait maudit la pauvre petite Aurore. Une enfant innocente.

Vous pensez sincèrement que les Grimm se seraient demandé, une seule seconde, ce qui pouvait motiver un tel geste ? Bien sûr que non. Et depuis des années, je passe pour une infâme sorcière, une fée diabolique.

Mais je suis lasse de toutes ces sornettes. De ces lamentables histoires qui font de moi la méchante. Oui, je suis à l’origine de la malédiction de la petite Aurore. Une folie soudaine que je regrette chaque jour.

Alors, qu’est-ce qui peut justifier un tel acte ? Une profonde colère. Un besoin irrépressible de vengeance. Car les hommes du roi venaient de marcher sur la Lande. Anéantissant mon peuple. Sans aucune pitié. Ils leur avaient arraché les ailes. En guise de trophée. Laissant derrière eux les corps mutilés sur le sol brûlé. Aujourd’hui encore, les images de ce spectacle meurtrier me hantent.

Pour quelle raison ai-je eu la vie sauve ce jour-là ? Parce que, comme à mon habitude, j’errai dans les bois en compagnie des animaux qui les peuplaient… Insouciante. Innocente. La nuit tombée, je suis rentrée retrouver mes parents pour le dîner. Mais ce que je découvris me glaça le sang. Tout n’était plus que poussière, mort et désolation. Un massacre signé des humains. Ceux derrière la frontière nord. La jeune fée ingénue venait de disparaître…

Je me suis lancé à la poursuite de ces monstres et lorsque j’ai atteint leur château, ils faisaient la fête. Ils buvaient, se goinfraient, beuglaient… leurs mains encore tachées du sang des miens. La colère eut raison de moi. Incapable de réfléchir. De penser. Et m’en suis prise à l’être le plus innocent de cette cruelle assemblée.

J’ai conscience d’avoir mal agi. D’avoir commis une erreur épouvantable, cette nuit-là. Et croyez-moi, si je le pouvais, je la lèverais… mais cela m’est impossible. J’ai déjà essayé maintes fois, sans succès. Alors, depuis, pas une seconde ne s’écoule sans que je ne veille sur elle.

30 minutes chrono, sans relecture.
Texte de L.S.Martins.
Image par Stefan Keller de Pixabay : Fantaisie Mystique Paysage Conte – Photo gratuite sur Pixabay

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